Taxe kilométrique voiture électrique : le Royaume-Uni ouvre-t-il un futur débat pour les flottes françaises ?
- 23 juil.
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Le Royaume-Uni vient de confirmer une évolution fiscale majeure pour les voitures électriques : à partir d’avril 2028, les automobilistes britanniques devront payer une taxe calculée selon le nombre de kilomètres parcourus.
À première vue, cette mesure concerne uniquement le marché britannique. Mais pour les gestionnaires de flotte français, elle soulève une vraie question de fond : la fiscalité automobile pourrait-elle, demain, reposer davantage sur l’usage réel des véhicules que sur leur seule motorisation ?
Aujourd’hui, en France, la fiscalité des flottes repose principalement sur des critères comme les émissions de CO₂, les polluants atmosphériques, le type d’énergie ou encore le respect des objectifs de verdissement. Mais avec la montée en puissance des véhicules électriques, un nouveau sujet pourrait progressivement émerger : comment remplacer les recettes fiscales liées aux carburants lorsque de plus en plus de véhicules ne consomment plus d’essence ni de diesel ?

Taxe kilométrique voiture électrique : une mesure britannique basée sur les kilomètres parcourus
Le dispositif britannique s’appelle eVED, pour Electric Vehicle Excise Duty. Il prendra la forme d’une redevance kilométrique appliquée aux voitures électriques, hybrides rechargeables et à hydrogène immatriculées au Royaume-Uni.
À partir du 1er avril 2028, le tarif annoncé sera de :
3 pence £ par mile pour les voitures 100 % électriques et à hydrogène ;
1,5 pence £ par mile pour les véhicules hybrides rechargeables.
Le principe est simple : plus un véhicule roule, plus il contribue. Le gouvernement britannique justifie cette mesure par la baisse progressive des recettes issues des carburants. Les véhicules thermiques participent aujourd’hui au financement des infrastructures routières via les taxes sur l’essence et le diesel. Les véhicules électriques, eux, échappent en grande partie à cette logique.
Avec l’eVED, le Royaume-Uni cherche donc à créer une fiscalité d’usage, indépendante du carburant consommé.
Pas de géolocalisation obligatoire, mais un suivi kilométrique

Un point important : le dispositif britannique ne repose pas sur une géolocalisation obligatoire des véhicules, les conducteurs devront fournir un relevé du compteur kilométrique, estimer leur kilométrage pour la période fiscale à venir, puis payer la taxe selon cette estimation.
Une régularisation sera ensuite effectuée à partir du kilométrage réellement constaté.
Autrement dit, le système ne cherche pas à savoir où le véhicule circule, mais combien il roule.
C’est une nuance importante, notamment pour les entreprises. Une fiscalité kilométrique ne suppose pas forcément un suivi GPS ou une collecte de données de déplacement détaillées. En revanche, elle impose une donnée fiable, centralisée et régulièrement mise à jour : le kilométrage.
Pourquoi les flottes sont directement concernées
Pour un particulier, déclarer un kilométrage annuel peut rester relativement simple. Pour une entreprise qui gère plusieurs dizaines, centaines ou milliers de véhicules, le sujet devient beaucoup plus complexe.
Le gouvernement britannique a d’ailleurs prévu des arrangements spécifiques pour certaines entreprises, notamment les acteurs de la location et du leasing. L’objectif est de permettre une gestion plus centralisée des estimations kilométriques et des paiements, afin d’éviter que chaque conducteur doive gérer lui-même la déclaration de son véhicule.
Pour les flottes, les enjeux sont nombreux :
suivre le kilométrage réel de chaque véhicule ;
anticiper les coûts liés à l’usage ;
éviter les écarts importants entre kilométrage estimé et kilométrage réel ;
gérer les régularisations en fin de période ;
intégrer la fiscalité dans le coût total de détention ;
préparer la revente ou la restitution des véhicules avec une situation fiscale claire.
Ce dernier point est particulièrement important. Dans un système où la taxe dépend du kilométrage, un véhicule peut théoriquement être vendu avec un écart entre les kilomètres déjà payés et les kilomètres réellement parcourus. Pour une flotte, cela peut influencer la valeur de revente, les conditions de restitution ou les arbitrages de renouvellement.
Un scénario encore hypothétique en France

À ce stade, aucune taxe kilométrique équivalente n’a été annoncée en France pour les voitures électriques.
Le cadre fiscal français reste différent. Les entreprises doivent surtout composer avec la taxe annuelle sur les émissions de CO₂, la taxe annuelle sur les émissions de polluants atmosphériques, le malus écologique, les règles d’amortissement ou encore la taxe annuelle incitative liée à l’acquisition de véhicules légers à faibles émissions.
Mais le raisonnement britannique pourrait nourrir le débat français dans les années à venir.
Plus le parc automobile s’électrifie, plus les États devront répondre à une question budgétaire : comment maintenir les recettes liées à l’usage de la route lorsque la consommation de carburant baisse ?
Plusieurs options sont possibles : taxation de l’électricité utilisée pour la recharge, contribution forfaitaire, fiscalité sur le poids des véhicules, ou taxation au kilomètre. Le choix britannique montre qu’une fiscalité basée sur l’usage réel des véhicules est désormais une piste concrète.
Ce que cela change pour les gestionnaires de parc
Même si la France ne suit pas le modèle britannique à court terme, cette actualité rappelle une tendance de fond : la gestion de flotte devient de plus en plus data-driven.
Le kilométrage n’est plus seulement une information utile pour l’entretien ou les contrats de location longue durée. Il devient une donnée stratégique pour piloter les coûts, mesurer l’usage réel des véhicules et anticiper les évolutions fiscales.
Pour un gestionnaire de flotte, suivre précisément les kilomètres permet déjà de mieux maîtriser :
les entretiens et révisions ;
les contrôles techniques ;
les restitutions de véhicules ;
les contrats de LLD ;
les coûts d’usage ;
les écarts entre véhicules similaires ;
le TCO, ou coût total de détention ;
les arbitrages entre thermique, hybride et électrique.
Si une fiscalité kilométrique devait un jour apparaître en France, les entreprises déjà capables de centraliser ces informations partiraient avec une longueur d’avance.
Vers une fiscalité automobile plus liée à l’usage ?
Pendant longtemps, la fiscalité automobile a surtout été pensée autour de la possession du véhicule et de ses émissions. Mais avec la transition énergétique, cette logique évolue.
Un véhicule électrique émet peu ou pas de CO₂ à l’usage, mais il utilise tout de même les infrastructures routières, occupe l’espace, génère de l’usure et peut parcourir des volumes kilométriques très différents selon son usage.
C’est précisément ce que cherche à prendre en compte une taxe kilométrique : deux véhicules identiques ne coûtent pas la même chose à la collectivité s’ils ne roulent pas autant.
Pour les flottes d’entreprise, cette approche pourrait modifier la manière de comparer les véhicules. Le choix d’une motorisation ne suffirait plus. Il faudrait aussi regarder le kilométrage annuel, l’usage métier, le cycle de renouvellement, les frais d’énergie, les coûts d’entretien et l’impact fiscal global.
Anticiper plutôt que subir
La taxe kilométrique britannique ne signifie pas que la France adoptera demain le même modèle. Mais elle montre que la fiscalité automobile entre dans une nouvelle phase.
Pour les entreprises, l’enjeu n’est pas seulement de suivre les nouvelles taxes au moment où elles arrivent. Il est aussi de structurer dès maintenant les données nécessaires pour y répondre facilement.
Kilométrage, énergie, affectation, usage, coûts, fiscalité, historique du véhicule : plus ces informations sont centralisées, plus la gestion de flotte devient réactive.
Dans un contexte où les règles évoluent rapidement, un outil de gestion de parc automobile permet justement de garder une vision claire sur chaque véhicule, d’anticiper les coûts et de prendre de meilleures décisions de renouvellement.
La fiscalité automobile de demain ne reposera peut-être pas uniquement sur les émissions et elle pourrait aussi dépendre de l’usage réel des véhicules. Pour les gestionnaires de flotte, c’est un signal à prendre au sérieux dès aujourd’hui.



